16 Oct Mary Poppins : un levier en faveur de l’égalité professionnelle
Pour de nombreux parents, concilier vie familiale et carrière professionnelle reste un exercice d’équilibriste. Et les conséquences sur les parcours professionnels sont loin d’être les mêmes pour tout le monde : selon les données de l’Office fédéral de la statistique (OFS), 60,5 % des femmes actives déclarent avoir réduit leur taux d’occupation pour s’occuper d’enfants, contre 14,4 % des hommes. Depuis 2009, le service Mary Poppins de la Fondation 022 Familles apporte une réponse concrète à cet enjeu : une garde d’enfants à domicile, assurée par des professionnelles formées. Aujourd’hui, 146 assistantes parentales interviennent dans 22 communes genevoises. Parmi elles, Elizabeth Huanuco, qui nous raconte son métier et ce qu’il change dans le quotidien des familles.
Quand la garde d’enfants conditionne la vie professionnelle
Un enfant à déposer à la crèche avant de partir travailler. Des horaires professionnels qui ne correspondent pas à ceux des structures d’accueil. Une solution de garde qui manque pour quelques heures seulement. Pour de nombreux parents, l’organisation familiale ressemble à un puzzle dont les pièces ne s’assemblent pas toujours facilement.
Et lorsque l’équilibre devient impossible, les conséquences peuvent être importantes : réduction du temps de travail, opportunités professionnelles refusées, interruptions de carrière… Des ajustements qui concernent encore majoritairement les femmes.
La garde d’enfants n’est donc pas seulement une question d’organisation familiale. C’est aussi un enjeu d’égalité professionnelle.
C’est à partir d’un double constat que la Fondation 022 Familles a lancé le service Mary Poppins en 2009. D’un côté, un manque estimé à 3’000 places de garde à Genève. De l’autre, des personnes sans formation professionnelle, mais disposant des capacités et de la motivation nécessaires pour travailler.
L’idée : répondre simultanément aux besoins des familles et aux enjeux d’insertion professionnelle, en formant ces personnes au métier d’assistante parentale.
Mary Poppins propose ainsi une garde à domicile pour les enfants en âge préscolaire (0 à 4 ans), avec une souplesse adaptée aux besoins des familles et un accompagnement professionnel de qualité.
Une personne qui vient chez vous, pour votre enfant
Elizabeth est assistante parentale Mary Poppins depuis 2015. Après avoir travaillé dans la vente, elle a choisi un métier qui lui permet de retrouver ce qu’elle apprécie particulièrement : le contact humain et les enfants.
En onze ans d’expérience, elle a découvert des familles aux organisations très différentes. Mais elle constate un avantage qui revient régulièrement dans leurs retours : la possibilité de faire garder leur enfant directement à domicile.
« Beaucoup de parents préfèrent qu’on se déplace chez eux », explique-t-elle. Et pour une raison simple : leur enfant bénéficie d’une attention individuelle, sans devoir la partager avec d’autres.
Pour les parents, cela signifie aussi moins de déplacements, davantage de souplesse et la possibilité de maintenir leurs activités professionnelles tout en sachant leur enfant accompagné dans son environnement habituel.
Mais cette proximité implique une responsabilité particulière : entrer dans le domicile d’une famille, c’est aussi entrer dans son intimité, ses habitudes et ses équilibres.
La confiance ne tombe pas du ciel
Même lorsqu’une solution de garde est trouvée, confier son jeune enfant à une autre personne n’est pas toujours évident.
Elizabeth connaît bien ces premiers départs où un enfant pleure et où un parent hésite à franchir la porte. Certaines mamans reviennent plusieurs fois pour le rassurer. D’autres familles préfèrent, au début, limiter les sorties à proximité du domicile.
Ces situations restent minoritaires, précise-t-elle. La plupart des parents font d’emblée confiance au service. Mais lorsqu’une période d’adaptation est nécessaire, elle prend le temps qu’il faut.
Avant de commencer, un accompagnement avec la coordination pédagogique permet de connaître les habitudes de l’enfant, ses rituels et les attentes des parents.
Ensuite, Elizabeth avance progressivement.
« Moi, je ne suis pas envahissante avec l’enfant. J’y vais à petits pas. »
Un parent peut rester quelque temps au début, participer au change ou revenir partager le repas de midi. Puis, progressivement, il s’efface à mesure que l’enfant trouve ses repères.
Cette attention à la transition fait partie intégrante du métier. Il ne s’agit pas simplement de prendre le relais, mais de construire une relation dans laquelle l’enfant se sent en sécurité et les parents peuvent partir travailler sereinement.
« Ce n’est pas que garder les enfants, on soutient aussi les parents », souligne Elizabeth.
Une garde pensée pour l’enfant et sa famille
La journée d’une assistante parentale ne se résume pas à surveiller un enfant jusqu’au retour de ses parents.
Elizabeth veille à varier les activités, à proposer des découvertes et à profiter des nombreuses possibilités offertes gratuitement dans le canton. Elle aime organiser des sorties, stimuler la curiosité des enfants et éviter que les journées se ressemblent.
Elle connaît aussi les petites difficultés de la garde à domicile, notamment lorsque les parents travaillent depuis la maison.
Leur présence peut parfois compliquer la séparation : l’enfant sait qu’ils sont là et préfère naturellement les retrouver plutôt que participer aux activités prévues.
Dans ces situations, Elizabeth privilégie le dialogue et l’adaptation. Elle explique l’importance de préserver certains moments avec l’enfant, tout en respectant les habitudes et les attentes de la famille.
Ce travail demande de l’expérience, de l’observation et une réelle capacité d’ajustement. C’est pourquoi la formation constitue l’une des spécificités du service Mary Poppins.
Les assistantes parentales bénéficient d’une formation initiale, qui leur permet d’acquérir les connaissances et les compétences nécessaires à l’exercice de leur métier : développement de l’enfant, pratiques éducatives, santé, sécurité ou encore communication avec les familles.
Cette préparation est complétée par une formation continue et un accompagnement pédagogique tout au long de leur activité. L’objectif : actualiser leurs connaissances, enrichir leurs pratiques et répondre aux situations rencontrées sur le terrain.
Les assistantes parentales disposent également d’un outil précieux : l’Arcade 022 Familles, un espace dédié à l’accueil des enfants et aux activités éducatives. Elles peuvent y proposer des activités, expérimenter de nouvelles approches et échanger avec leurs collègues et les équipes pédagogiques.
L’Arcade favorise ainsi la découverte et la socialisation des enfants, tout en constituant un lieu de partage d’expériences et de développement des compétences professionnelles.
La qualité de la garde repose autant sur les compétences éducatives que sur la capacité à instaurer une relation de confiance avec toute la famille. C’est cette combinaison de formation, d’expérience et d’accompagnement qui fait la particularité de Mary Poppins.
Trois bénéficiaires d’un même accompagnement
Elle parle aussi des parents qui la remercient après une journée de découvertes, ou qui pensent à elle pour son anniversaire ou à Noël.
« Cette reconnaissance me motive », confie-t-elle.
Ces attentions racontent quelque chose d’essentiel : derrière une prestation de garde, ce sont des relations humaines qui se construisent au quotidien.
Et leurs bénéfices dépassent largement les heures passées avec l’enfant.
Pour les enfants, c’est un accompagnement individualisé, dans un environnement familier, qui respecte leur rythme et encourage leur développement.
Pour les parents, c’est la possibilité de confier leur enfant à une professionnelle de confiance, de mieux concilier leurs responsabilités et de poursuivre leur activité professionnelle.
Pour les assistantes parentales, c’est l’accès à une formation, à un métier et à des perspectives d’insertion et d’évolution professionnelles.
Car favoriser l’égalité professionnelle ne dépend pas uniquement des entreprises ou des politiques publiques. Cela passe aussi par des solutions très concrètes, capables de s’adapter à la réalité des familles tout en créant des opportunités d’emploi.
Depuis 2009, Mary Poppins contribue à rendre cet équilibre possible, une famille et un parcours professionnel après l’autre.
Et pour Elizabeth, la plus belle récompense reste peut-être la plus simple : voir un enfant heureux de la retrouver et des parents partir travailler l’esprit tranquille.
Source des données sur la réduction du taux d’occupation : Office fédéral de la statistique (OFS), données 2025 reprises par le canton de Genève en mars 2026.


